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Ambassadeur maritime de la chiropratique

Le Dr David Hayes a conjugué un ambitieux projet de recherche à une excursion de voile en famille sur l’océan Atlantique

Le Dr David Hayes se demande s’il a pris la bonne décision.

Nous sommes en 2013 et il traverse pour la première fois l’océan Atlantique nord, des Bermudes jusqu’aux Açores. Il réalise qu’il se dirige vers une tempête. Il change de cap, mais des vents violents et de grosses vagues s’abattent sur son bateau pendant deux jours. Pour compliquer les choses, il n’est pas seul.

« Il y avait de grosses vagues, la mer était forte et il faisait nuit noire, dit-il. Je me souviens m’être demandé pourquoi j’avais embarqué mes enfants [et ma femme] là-dedans. »

Une partie de la réponse à cette question remonte à 2003. Le professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et président de la Fédération chiropratique canadienne est alité après un accident de VTT qui lui a causé des factures aux côtes, une dislocation acromio-claviculaire et une lombalgie. Durant ses deux mois de rétablissement, il entend l’histoire d’une famille canadienne qui a fait le tour du monde en bateau et se dit qu’il veut tenter l’expérience.

« Au cours de son projet de recherche, le Dr Hayes devient un ambassadeur de la chiropratique. Avant chaque rallye ou étape de voile, il se présente aux capitaines et aux marins et leur fait part de son projet. »

Une fois rétabli, le Dr Hayes garde son idée en tête. Un an plus tard, il convainc sa femme, Isabelle, d’apprendre les rudiments de la navigation sur un voilier. Ils deviennent tous les deux accros et continuent d’apprendre et d’obtenir des certifications de voile, jusqu’à ce qu’un jour, plusieurs années plus tard, il se penche sur la prévalence des lombalgies au sein de la communauté nautique.

« Toute la littérature sur les blessures sportives liées à la voile portait sur les athlètes, explique-t-il. Elle ne concernait pas la population générale, comme moi, qui comptait faire une excursion de voile un jour. J’ai constaté qu’il n’y avait pas de données et qu’on ne savait pas du tout quels types de blessures les gens subissaient en traversant un océan. »

Le Dr Hayes décide de conjuguer son projet de recherche et son aventure de voile en famille, en limitant son itinéraire à l’Atlantique Nord plutôt que de parcourir le monde entier. Il présente son plan à ses collègues du département de chiropratique de l’UQTR, un programme qu’il a contribué à créer et dont il a été le directeur de 2011 à 2013. À la fin de son mandat de directeur, le Dr Hayes décide de demander un congé sabbatique pour effectuer des recherches. « L’idée, dit-il, était de suivre des membres d’équipage durant leur traversée de l’océan et de faire remplir un questionnaire à ceux qui se blessent. »

Le département adhère à sa vision, qui comprend la rédaction d’un guide de préparation médicale à la traversée de l’Atlantique pour la Fédération de voile du Québec afin de préparer de futurs équipages.

Son excursion et son projet de recherche débutent en octobre 2013 et se terminent en 2015. Au fil de l’aventure, lui et sa famille participent à de nombreux rallyes à bord de leur voilier de 41 pieds, le Morning Haze. Ils font des escales dans les Caraïbes, aux Açores, en Europe et sur la côte africaine (y compris aux îles Canaries).

Au terme de leur première traversée en direction de l’Europe, le Dr Hayes et sa famille arrivent à Lagos, au Portugal. Ils empruntent une rivière qui les conduit à la marina située au centre-ville et aperçoivent des milliers de personnes dans la rue. « Je me demandais ce qu’il se passait, se souvient-il. Comme vous pouvez l’imaginer, j’étais extrêmement fier d’avoir réussi à toucher terre de l’autre côté de l’océan. » Malheureusement, la fête de bienvenue ne célèbre pas leur traversée. « C’était la Coupe du Monde de la FIFA, précise-t-il. L’équipe du Portugal jouait ce soir-là et tout le monde fêtait dans les rues. »

Au cours de son projet de recherche, le Dr Hayes devient un ambassadeur de la chiropratique. Avant chaque rallye ou étape de voile, il se présente aux capitaines et aux marins et leur fait part de son projet. Leurs réactions le surprennent. « Le chirurgien de la flotte de l’une des courses était très satisfait de mon questionnaire, dit-il. Je l’avais adapté à partir d’un ancien questionnaire utilisé dans le cadre d’un autre projet de recherche et l’avais modifié en fonction de ses commentaires. »

La question qu’il ajoute consiste à savoir si une blessure est suffisamment grave pour que la garde côtière envoie un hélicoptère afin d’évacuer la personne blessée.

Pour recueillir des données, les marins blessés doivent remplir son questionnaire, qui ressemble à un formulaire d’évaluation. Certaines questions portent sur le marin et ses années d’expérience, et d’autres, sur sa blessure, incluant des descriptions, la nature et la gravité de la blessure. Il y a même une question qui vise à savoir si la blessure du marin a été confirmée par un médecin, une infirmière, un physiothérapeute ou un chiropraticien. Mais il comprend qu’il n’est pas facile de recueillir des données.

« Après un voyage de 21 jours, ajoute-t-il, la première chose que l’équipage veut faire est d’aller dans le meilleur restaurant, puis au bar le plus animé et de s’amuser. » Mais à force de persévérance, il a recueilli des centaines de questionnaires remplis.

Avant le départ de l’Atlantic Rally for Cruisers, le plus grand événement de voile transocéanique au monde, le Dr Hayes fait connaître son projet et le présente à plus de 300 marins. « J’étais très fier de me présenter comme chiropraticien, souligne-t-il. Un chiropraticien qui effectue ce type de recherche donne une bonne visibilité à la profession. »

« Toute la littérature sur les blessures sportives liées à la voile portait sur les athlètes, explique-t-il. Elle ne concernait pas la population générale, comme moi, qui comptait faire une excursion de voile un jour. J’ai constaté qu’il n’y avait pas de données et qu’on ne savait pas du tout quels types de blessures les gens subissaient en traversant un océan. »

À la fin de son aventure, le Dr Hayes reprend l’enseignement. Il passe en revue ses données et commence à dégager des tendances. Il soumet son guide de voile à la Fédération de voile du Québec. Son ouvrage intitulé Guide in Health and Safety at Sea: Medical preparation for offshore and coastal sailing aide les gens à se préparer à une traversée maritime à la voile. Il explore tout ce qu’un amateur de voile doit prendre en considération avant son départ, y compris les consultations avec un médecin et d’autres professionnels de la santé et les types de blessures qu’il peut subir en naviguant au large.

Ce que le Dr Hayes a appris, c’est que les gens reportent souvent les préparatifs. Malgré les difficultés que pose une traversée transatlantique, les gens négligent leur corps et ce dont ils pourraient avoir besoin en cas d’urgence. « Tout peut arriver et finira par arriver durant ces excursions, indique-t-il. Il faut parer à toute éventualité. »

Récemment, le Dr Hayes a embauché un assistant de recherche pour entrer ses données dans le logiciel SPSS Modeler/Statistics et les analyser. Il est déterminé à publier des articles et à présenter les résultats dans les années à venir.

De nombreuses années après son voyage marqué par de violentes tempêtes, M. Hayes sait qu’il a pris la bonne décision de traverser l’Atlantique Nord. Lui et sa famille en conservent de merveilleux souvenirs. Ses recherches ont fait de lui un expert en préparation médicale pour les traversées en mer. Mais il tient à revenir sur un moment qui l’a ramené à son travail de clinicien.

Lui et sa famille sont amarrés à la marina de la baie de Samaná, en République dominicaine. Un matin, il entend un coup sur la coque de leur bateau. En sortant la tête dehors, il voit une femme qui semble attendre. « Je suis désolée de vous déranger, dit-elle, mais on m’a dit que vous êtes chiropraticien. »

Le Dr Hayes suit la femme, une Sud-Africaine, jusqu’à un catamaran de 45 pieds où il retrouve le mari de cette dernière immobile, le dos bloqué. Lorsqu’il constate qu’il peut soigner son mari – il n’y a pas d’organe directeur en chiropratique en République dominicaine –, il examine le patient. « J’ai fini par l’étendre sur le côté et le soigner », explique-t-il. Il revient le lendemain pour lui donner des conseils et des crèmes anti-inflammatoires.

Des gens à la marina ont été témoins de la scène. Le lendemain, un Néo-Zélandais se présente et lui dit savoir qu’il soigne un homme sur son catamaran. Il affirme souffrir de douleur cervicale. Le Dr Hayes accepte de lui rendre service et finit par prodiguer des soins à sept ou huit patients du monde entier.

« Ça a été la meilleure expérience de mon aventure, conclut-il. Des personnes des quatre coins du monde m’ont demandé de leur offrir des soins chiropratiques. Je l’ai fait par plaisir et parce que j’aime mon travail de chiropraticien. Je leur ai monté des petits dossiers. Je marchais d’un bateau à l’autre pour soigner les patients. Nous sommes restés là deux ou trois semaines pour pouvoir les aider. »

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